Hier, comme souvent le vendredi, je suis allée rejoindre Adeline sur son lieu
de travail pour passer le temps ensemble durant ses heures de fourche.
Après une infusion de camomille au milieu des confréries tournaisiennes prêtes à
fêter le Carnaval, et un délicieux dîner constitué d'une galette de sarrasin (fores-
tière pour moi, trois fromages pour elle), nous avons repris le chemin du Collège.
A peine entrées dans la cour, nous sommes submergées par une horde d'élèves,
qui n'hésitent pas à m'observer sous toutes les coutures. La plus petite se lance
"Madame, j'ai comme l'intuition que c'est votre soeur...". Nous confirmons, et les
petites s'extasient "Comme vous vous ressembleeez ! A part les cheveux, c'est
du copié-collé !". Un peu étonnée, je leur répond "Et les yeux aussi !". Pas dé-
contenancées pour un sou, elles me rétorquent " Non, non, vous avez les mê-
mes ! " (note de vous à moi : les miens sont grands et verts, ceux de ma
soeur, bruns et en amande).
Un groupe de garçons se joint à nous, et l'un d'entre eux, couvert de tâches de
rousseur, me scrute avec méfiance avant de lancer : "C'est une... stagiaire ?".
Il ne se détend qu'après avoir entendu la bonne nouvelle de la part de tous
les autres : je ne vais pas prendre la place de Madame de latin, je suis
juste sa soeur.
"Vous êtes jumelles ?", nous demande-t-on en choeur. Et bien, presque : à trois
ans près ! La cloche sonne, je dois partir, et c'est là que la plus mignonne me dit
"C'était vous, alors, la recette de gâteau que madame nous avait donnée ? Je
l'ai essayée, c'était trop bon !". Et je sais que pendant l'heure de cours qui suit,
ils n'arrêteront pas de demander où je suis, et si je vais revenir !
En une minute à peine, je suis devenue
leur professeur de pâtisserie !